De la passion des terrains à l'entrepreneuriat

Sport et entreprise
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Véritable couteau suisse, elle évolue sur les terrains de foot le week-end, a lancé sa propre activité récemment et est rédactrice pour les Espoirs du football.

Interview de Emmy Bineau

 

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Depuis quand joues-tu à l'Olympique de Valence ?

L'Olympique de Valence a récupéré les droits sportifs des équipes féminines de l'AS Véore Montoison il y a maintenant 3 ans, l'année où nous sommes descendues de 2ème division. J'évolue donc depuis 3 saisons sous ses couleurs rouges et blanches en essayant de retourner à ce même niveau. 

 

Quel poste y occupes-tu ?

Je joue au poste de milieu excentrée gauche en Division Honneur. Nous jouons cette saison pour monter en deuxième division.

 

Pourquoi penses-tu que le foot a pris une place si importante dans ta vie ?

C'est une très bonne question. Je dirais que le football a pris sa place tout naturellement. Je ne l'ai pas choisi. C'est plutôt lui qui est venu à moi. Aujourd'hui, il m'est impossible d'imaginer ma vie sans football. Je me lève foot, je mange foot, je dors foot...Il rythme mon quotidien. Pour moi ça dépasse complètement un cadre purement sportif. Je fais tout en fonction. Je pense qu'une passion qui nous anime, peu importe sa nature, est quelque chose d'assez inexplicable. Quelque chose qui nous procure des émotions que nous retrouvons nulle part ailleurs. Un peu comme une relation amoureuse. C'est intense, inexplicable...On est souvent heureux, parfois déçu. Mais la passion reste intacte au fil du temps. 

 

As-tu pu vivre un moment de cette passion/aurais-tu aimé en vivre ? Comment as-tu envisagé ta carrière pro hors des terrains ?

Je n'ai jamais vécu du football. Quand je jouais à un plus haut niveau (il y a 4 ans), il n'y avait que très peu de joueuses qui vivaient de leur passion. Les choses ont beaucoup évolué ces dernières années. Les 2 niveaux nationaux tendent à se professionnaliser et c'est une bonne nouvelle.

Je n'ai jamais envisagé vivre du football. J'ai eu la chance d'être dans un pôle espoir pendant mes 3 années de lycées où nos formateurs privilégiaient autant l'aspect scolaire que sportif, ce qui m'a permis de construire mon avenir professionnel assez jeune. Il faut réussir à trouver un rythme où l'on peut concilier les deux activités. Ce n'est pas toujours simple suivant les secteurs d'activités d'avoir ses week-ends et soirs de libre. Il faut également se faire au rythme, à la fatigue, etc... Jouer en D2 féminine c'est parfois rentrer à deux ou trois heures du matin le dimanche après un long déplacement et se lever à 6h pour reprendre le travail. C'est aussi pour cela que la FFF et les clubs continuent de travailler pour professionnaliser ces deux championnats de D1 et D2.

Même pour les joueuses qui peuvent aujourd'hui vivre du football pendant leur carrière, il faut tout de même penser à l'après-carrière car les revenus ne sont pas pharaoniques. Il est utopique de s'imaginer vivre de ses revenus sportifs toute sa carrière, même pour les meilleures joueuses françaises.

 

Bien qu'il se féminise de plus en plus, le football est encore souvent perçu comme un sport masculin. Quand et comment as-tu commencé à jouer ? 

Effectivement oui mais maintenant voir une fille jouer au foot ne 'choque' plus. Lorsque j'ai commencé le foot à l'âge de 10 ans, j'étais dévisagée sur tous les terrains, chaque week-end lorsque j'évoluais en équipe mixte. A l'inverse, mes coéquipiers étaient très bienveillants à mon égard. C'est dans la cour de l'école que j'ai démarré le foot et c'est eux qui avaient insisté à l'époque pour que je m'inscrive en club. 14 ans plus tard, je les remercie parce que je serai passée à côté de ma vie !

 

Y a-t-il un parcours sportif, une personnalité sportive qui t'inspire au quotidien ?

Il y a de nombreuses personnes inspirantes dans ce monde. Mais je pense que l'ont peut s'inspirer de tous. De notre voisin, de notre grand-mère, de notre collègue de travail, d'une personnalité publique...Tout le monde peut être source d'inspiration.

 

Quelles sont selon toit les valeurs du sport transposables à l'entreprise ? 

Beaucoup de qualités sont transposables du sport  à l'entreprise. Dans le sport, on développe des connaissances, des savoirs, des savoirs-faire, savoirs-être, plutôt précieux pour le monde de l'entreprise. Le respect pour commencer. La ponctualité, le sens des responsabilités, le leadership mais surtout l'esprit d'équipe ! Etre performant individuellement pour l'être collectivement avec un but commun.

 

Quelles sont les compétences clés développées dans le sport que tu utilises au travail ?

A vrai dire, j'ai appris énormément de choses lorsque j'étais sportive de haut niveau. Cela m'a permis d'appréhender la résistance à l'échec, le dépassement de soi, l'esprit d'équipe, l'adaptabilité, le sens de l'organisation, la communication dans un groupe, la prise d'initiatives... Cette dernière m'a permis de me lancer à mon compte il y a peu, de croire en mes rêves ! Mais je pense que la compétence commune qui saute aux yeux est l'exigence.

 

Et inversement ?

Le monde de l'entreprise m'a canalisé. Parce qu'il y a peut-être plus de codes sociaux à respecter que dans le monde du sport. Moins de liberté. Plus de hiérarchie. Cela m'a permis d'avoir une bien meilleure gestion du stress. Je pense aussi à un autre item : la confiance en soi. Souvent négligée, elle est essentielle à la réussite dans les deux domaines. Personnellement, ma prise de confiance professionnelle a eu des conséquences positives sur le terrain.  

 

Si tu devais donner des conseils aux petites filles et enfants en général qui souhaitent se lancer dans le sport ?

Le sport c'est l'école de la vie. On y apprend le respect, on y apprend à vivre en communauté, à respecter des règles, à connaître ses limites, le dépassement de soi, le goût de l'effort, la confiance en soi...

Suivant le caractère d'un enfant, la pratique sportive apportera des bénéfices très divers, notamment par rapport à l'éducation. Pour certains, ça leur permettra de s'exprimer plus librement qu'à travers la parole, à s'extérioriser. Pour d'autres de l'autonomie, mais aussi de la discipline. Le sport est source de plaisir, de joie, de peines... C'est le reflet de la société dans laquelle nous vivons tout simplement. Et c'est une formidable école pour se développer, accepter l'échec et recommencer... Le sport permet de rêver, et combien y a-t-il de choses qui nous permettent de rêver dans la société actuelle ? 

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